Polémique en Espagne, le juge Baltasar Garzón, de loin le juge le plus médiatique d’Espagne vient de demander à plusieurs grandes villes d’Espagne (Madrid, Grenade, Séville et Cordoue) de lui fournir la liste des personnes disparues, fusillées et enterrées dans des fosses communes depuis le jour du coup d’Etat de Franco. L’objectif est clair : le juge Garzon veut savoir le nombre de personnes exactes enterrées dans les fosses communes suite à la répression franquiste, les circonstances et les dates de ces actes. Selon les experts, le nombre de personnes enterrées dans ces fosses communes oscille entre 100 000 et 180 000 personnes. Rien que ca !!!
Cette décision de justice réveille les vieilles cicatrices. Ayant vécu en Espagne, j’ai pleinement conscience de ce malaise. La guerre civile est pour beaucoup de personnes (en particulier les plus anciens) un sujet tabou.
Cette décision va dans le sens de la loi de « mémoire historique » souhaitée par le gouvernement Zapatero. Cette loi a fait beaucoup de bruit dans la péninsule ibérique. Elle vise principalement à reconnaître la responsabilité de l’Etat dans les crimes qui ont été commis pendant la période franquiste. Le Partido Popular (parti conservateur espagnol) est évidemment opposé à cette initiative. Mariano Rajoy, leader du PP, a déclaré « Je suis partisan de ne pas rouvrir les blessures du passé».
Si je comprends que le sujet soit difficile à aborder, que les plaies ont mis du temps à se refermer, il me paraît tout à fait normal que les familles des victimes aient le droit de connaître la vérité sur les disparitions de leurs proches. Quoi de plus légitime ! Il est beaucoup plus simple d’éluder le sujet plutôt que savoir ce qui s’est réellement passé. Pour les survivants de cette guerre et surtout pour les familles, la reconnaissance officielle des institutions publiques, même si elle n’attribue aucune compensation économique (la loi les exclut) est extrêmement importante.
Dans le quotidien El Pais, un sondage (pas nécessairement représentatif) montre que 75% des personnes interrogées sont favorables à cette décision de justice. Et encore, ma voix n’avait pas été prise en compte !
On pourra néanmoins noter la mauvaise foi de Rajoy qui, dans une déclaration passée, trouvait tout à fait normal que l’on sache ce qu’il était advenu des personnes disparues en Amérique Latine...
Sylvain
jeudi 4 septembre 2008
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